Lutte contre le stress hydrique: des experts plaident pour une stratégie adaptée

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Le manque de pluviométrie a compliqué la problématique

Des experts ont appelé les pouvoirs publics à élaborer une stratégie adaptée pour faire face au stress hydrique qui touche le pays ces dernières années.

Une nouvelle stratégie s’impose pour pallier à cette rareté des ressources hydriques accentuée par les changements climatiques, ont souligné ces experts lors d »une journée d’étude sur la problématique du stress hydrique en Algérie, organisée par le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE). A cet effet, le professeur Ahmed Kettab, consultant international, propose l’organisation d’assises de l’eau en associant les institutions publiques, les experts et la société, en vue d’enrichir le projet de la charte de l’eau lancé par le ministère des Ressources en eau et proposer, sur la base de cette charte, « une nouvelle loi-programme sur cinq ans avec des objectifs bien définis et un budget conséquent ». Le programme qu’il propose devrait porter notamment sur le renforcement des infrastructures existantes (barrages, stations de dessalement ) pour optimiser la collecte et la préservation des ressources hydriques.

Cet expert considère, par ailleurs, que la révision de la tarification de l’eau serait « un moyen efficace » pour optimiser et même augmenter les réserves du pays en cette ressources précieuse. « Il faut une révision de la grille tarifaire dans le respect des standards internationaux, en tenant compte du pouvoir d’achat des couches défavorisées et des classes moyennes », a-t-il suggéré. Plus explicite, le professeur Kettab propose « un tarif solidarité eau » en accordant gratuitement neuf (9) mètres cubes par trimestre à chaque citoyen, « un tarif social » de 21 mètres cubes par trimestre à un prix très raisonnable et enfin un « tarif confort » pour les consommateurs qui utilisent un volume supérieur à 50 mètres cubes. « Le secteur industriel, tout comme le secteur agricole, qui sont des secteurs économiques, payeront le prix réel de l’eau », a-t-il recommandé, ajoutant que des subventions et des aides devraient être proposées pour les entreprises qui utilisent des systèmes d’économie d’eau.

« Cette tarification tendrait à économiser la ressource et assurer l’équilibre budgétaire des entreprises de distribution d’eau », a-t-il conclu. Abondant dans le même sens, Nora Frioua, directrice d’études auprès du ministère des Ressources en Eau, a insisté sur la nécessité de sensibiliser les citoyens, les entreprises et les agriculteurs sur l’urgence d’une politique pour la rationalisation de l’utilisation de l’eau. Pour ce faire, Mme Frioua suggère la mise en place d’un plan de communication pour changer le comportement et les pratiques des consommateurs. Dans ce contexte, elle a rappelé les projets de la charte de l’eau proposé par son secteur et qui associe tous les acteurs concernés (ministère, institutions, associations) avec pour objectifs de préserver cette ressource, lutter contre toutes formes de pollution et développer l’économie circulaire notamment à travers la réutilisation des eaux épurées.

L’Algérie connaît depuis plusieurs années, et notamment depuis 2020, un stress hydrique qui a poussé les pouvoirs publics à lancer un programme d’urgence pour la prise en charge des wilayas les plus touchées par la pénurie d’eau. L’enveloppe financière prévue pour la période 2020-2024 est évaluée à 390 milliards (mds) de dinars dont 218 mds de DA sur le court terme. Selon les dernières statistiques du secteur, la production d’eau potable en Algérie avoisine 3,6 milliards de mètre cubes par an, soit 50% en eau souterraine, 34% en eau superficielle et 16% en eau de dessalement.