Afflux de migrants marocains vers Ceuta: « le Maroc a montré le pire de lui-même » 

309
Le royaume du Maroc toujours dans la manœuvre.

Le professeur honoraire à l’Université de Madrid, Bernabé Lopez Garcia, a soutenu vendredi dernier que « le Maroc a montré le pire de lui-même », en utilisant près de dix mille personnes dont des mineurs pour les faire entrer délibérément dans l’enclave espagnole de Ceuta, affirmant qu’il s’agit de la plus grande crise hispano-marocaine, depuis celle de Perejil en 2002.

« Lâcher ainsi dix mille personnes pour entrer à Ceuta a attiré l’attention du monde entier. Sans aucun doute, il a eu l’effet inverse de celui souhaité. (…) Ils ont donné l’image d’un pays auquel on ne peut pas faire confiance. Il (Maroc) a montré le pire de lui-même », a déclaré le spécialiste des relations hispano-marocaines, dans un entretien accordé au journal espagnol « La Vanguardia », Bernabè Lopez, considérant que la crise politique actuelle entre Madrid et Rabat, déclenchée par l’afflux de ces migrants marocains, est un moyen de pression et de chantage utilisée par le royaume du Maroc afin de pousser l’Espagne à reconnaître sa prétendue souveraineté sur le Sahara occidental. Evoquant la décision de l’ex président américain, Donald Trump, qui a reconnu, via un tweet, la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, M. Bernabè Lopez, a souligné que cette annonce de Trump « a créé sans aucun doute un sentiment d’impunité » qui a permis au Maroc d’oser entreprendre une telle action envers l’Espagne.

Le professeur espagnol, a, en outre, estimé que le Maroc, en provoquant cette crise, « cherche, avant tout, à faire oublier ce qui ne l’intéresse pas : la solution passe par un accord entre les parties », soulignant que l’hospitalisation en Espagne du président sahraoui, Brahim Ghali, pour des soins anti-Covid-19, a été juste « un prétexte » pour le Maroc de déclencher cette crise. « Sa deuxième erreur, selon moi, est d’être allé trop loin en diabolisant le Front Polisario, que le Maroc veut assimiler à une organisation terroriste, alors qu’il est l’autre partie au conflit reconnue par les Nations unies », a-t-il précisé. « Ils sont allés trop loin dans leur empressement à le diaboliser : l’ONU les reconnaît comme en faisant partie » du conflit au Sahara occidental, a soutenu M. Bernabè Lopez. L’historien et professeur honoraire à l’Université de Madrid, a pointé du doigt l’inaction et la passivité « absolues » de l’ONU dans son processus de décolonisation, de la dernière colonie en Afrique, regrettant qu' »on ne pouvait attendre à grand chose de l’ONU sur l’avenir du Sahara occidental ». « L’ONU fait preuve d’une inaction et d’une passivité absolues (…) On ne peut pas attendre grand-chose de l’ONU sur l’avenir du Sahara occidental, alors qu’elle n’est même pas en mesure de désigner un représentant spécial. On verra si cette crise nous incite à repenser certaines choses », a-t-il fustigé.

« Entre cette passivité de l’ONU et le soutien des Etats-Unis, il n’est pas surprenant que Rabat agisse avec plus de belligérance », a fait observer le professeur, s’interrogeant à ce titre, sur le fait que les prochaines manœuvres militaires conjointes avec les Etats-Unis, « African Lion 2021 », (dont le début est prévu pour lundi prochain) se dérouleront dans des régions du Maroc mais pas au Sahara occidental, comme le chef du gouvernement marocain Saad-Eddine El Othmani lui-même « l’avait chanté », soient « un bon geste pour décharger le Maroc ». Mardi dernier, le porte-parole du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), le colonel Christopher Karns, a confirmé que les exercices prévus du 7 au 18 juin prochain, se dérouleront « à travers le Maroc, de la base aérienne de Kenitra, au nord, à Tan-Tan et au complexe d’entrainement de Guerir Labouhi au sud », soit dans les frontières internationalement reconnues du royaume, excluant les territoires sahraouis occupés. Depuis quelques mois, les relations entre Madrid et Rabat sont tendues, l’Espagne accusant, notamment le Maroc d’employer différents moyens de pression et de chantage afin de la pousser à reconnaître sa prétendue souveraineté sur le Sahara occidental.

La récente admission, dans un hôpital espagnol, du président sahraoui, Brahim Ghali a compliqué davantage les relations entre les deux pays. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a accusé le Maroc d’avoir instrumentalisé des centaines de mineurs pour traverser les frontières de l’Espagne après l’afflux dans l’enclave de Ceuta de milliers de migrants au début de la semaine dernière, qualifiant l’épisode d' »inacceptable ».